BAKARY CAMARA

Co-chercheur international / Mali

Co-chercheur international, est le doyen de la faculté de droit public de Bamako et un expert en droits fonciers au Mali. Il a organisé la conférence sur l’esclavage et le droit qui s’est tenu à Bamako en 2017, en étroite collaboration avec Marie Rodet.

Dans le cadre de ce projet, il dirige une jeune équipe de chercheurs locaux, qui réalisera un travail de terrain de 120 jours au Mali et coopérera en cours avec TEMEDT sur les activités liées au centre de conseil juridique, aux échanges avec les principaux décisionnaires politiques, aux formations et à la création d’un programme de formation d’assistant juridique. Ensemble, ils organisent la conférence de clôture.

Avec son équipe du centre de recherche LERDDL Bakary Camara étudie les questions de propriété et de droits fonciers au Mali occidental au cours du XXème siècle, des thèmes toujours très litigieux lorsqu’articulés à l’esclavage par ascendance. Il identifie les luttes, passés ou actuels, que doivent mener les anciens esclaves et leurs descendants pour accéder à un véritable statut de citoyens, notamment dans les communautés hôtes au sein desquelles ils ont été déplacés sous la contrainte. Les populations d’anciens esclaves se sont en effet battues localement pour leurs droits fonciers et de propriété dans le Mali colonial et postcolonial. En croisant les archives juridiques et les sources orales de la région de Kayes, Bakary Camara analyse le lien entre les déplacements forcés de populations au statut d’esclave et le maintien du contrôle et de la gestion des terres par la classe dominante traditionnelle. Cette dernière utilise en effet les populations d’accéder à la terre dès lors qu’elles refusent de se conformer aux règles d’obéissance coutumières et aux tâches ancillaires qui leur sont affectées en vertu d’une pratique traditionnelle de l’esclavage. Une situation qui a demandé des vagues successives de déplacements de populations, certaines ayant à propos de la création de villages indépendants, tandis que d’autres étaient accueillies dans des communautés conçues. Ce projet de recherche mettra en lumière les luttes spécifiques des populations au statut d’esclave pour leurs droits fonciers et de propriété, notamment dans l’actualité, défini par un contexte encore plus incertain dès lors que ces populations sont contraintes de rejoindre les communautés subissant déjà un phénomène de pression foncière dû au changement climatique.

L’équipe de recherche de Bakary Camara travaille également avec des populations déplacées depuis 2017 dans des camps dits «émergents», à l’ouest de Bamako. Elle explore ces zones invisibilisées et les frontières socio-économiques créées dans les sociétés hôtes, soit lors de la fondation de communautés indépendantes, soit de manière plus récente. Dans les deux cas, l’on observe des problèmes avec les communautés voisines, les nouveaux arrivants étant prévus comme des étrangers, qui plus est descendants d’esclaves, doivent continuer d’attribuer des stéréotypes. Le chercheur et son équipe réfléchissent à la manière dont les problématiques inhérentes à ces «frontières invisibles», à cet «isolement socio-économique» et à ces «camps» peuvent être surmontées à des fins d’intégration et de conditions de vie durables. Ils supervisent également une cartographie socio-économique des villages dans lesquels sont installées des populations déplacées.