{:fr}Mouvements anti-esclavagistes en Afrique de l’Ouest, par Leah Durst-Lee et Nolwenn Marconnet (Juillet 2021){:}{:en}Anti-slavery movements in West Africa, by Leah Durst-Lee and Nolwenn Marconnet (July 2021){:}

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Pour discuter des mouvements anti-esclavagistes en Afrique de l’Ouest, nous devons d’abord nous pencher sur ce contre quoi ils résistent. A travers le monde, l’esclavage a été légalement aboli, mais on estime que le nombre de personnes vivant dans des conditions d’esclavage n’a jamais été aussi élevé. Au Mali, au moins 200 000 personnes sont aujourd’hui soumises à des formes d’exploitation liées à l’esclavage par ascendance. La traite interne des esclaves a été légalement abolie au Mali en 1905 par les autorités coloniales françaises. Elles se sont alors persuadées que l’abolition légale de l’esclavage mettrait fin à sa pratique. C’est ce que l’on appelle le parti pris abolitionniste (abolitionist bias). Pourtant, l’abolition n’a mis fin qu’aux soutiens juridiques et politiques de l’institution de l’esclavage, mais pas aux pratiques sociales, culturelles ou économiques qui ont permis son maintien

Les autorités coloniales françaises étaient lentes à appliquer les lois abolitionnistes, sauf lorsque cela leur permettait de recruter des « esclaves émancipés » pour du travail forcé et la conscription militaire. Les propriétaires d’esclaves se sont adaptés à cette nouvelle réalité juridique en cachant l’esclavage, étiquetant l’exploitation en cours avec une terminologie bénigne, comme le travail domestique, les pratiques de parrainage ou les accords de mariage coutumiers. L’esclavage a donc continué d’exister au Mali malgré son statut illégal et bien après l’indépendance de 1960.

L’esclavage par ascendance est toujours une réalité au Mali aujourd’hui, mais il passe inaperçu. Les victimes sont contraintes de travailler sans rémunération, peuvent être privées de leurs droits à l’éducation, de l’accès aux services sociaux de base et de plusieurs droits politiques, économiques et civils en raison de leur catégorisation sociale comme « esclaves ». Ils héritent de ce statut car ils sont considérés par l’élite locale comme des « descendants d’esclaves ».

En Afrique de l’Ouest francophone, la résistance à l’esclavage a une longue histoire, mais des mouvements populaires anti-esclavagistes luttant contre l’esclavage par ascendance peuvent être identifiés depuis la fin des années 1970, et ont gagné en importance dans les années 1990. Il existe d’innombrables organisations africaines locales. On peut citer entre autres: El Hor, SOS Esclaves Mauritanie, Saafaalbe Hormankoobe, Fedde Pinal, Balagoss et l’IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste) en Mauritanie ; Semme Allah au Bénin ; Timidria au Niger ; Temedt, le Rassemblement Malien pour la Fraternité et le Progrès – RMFP et l’Association de lutte contre la domination et l’esclavage au Mali. Certains sont des ONG, d’autres des mouvements culturels, et d’autres encore des groupes politiques reconnus par les autorités de l’Etat. Bien que chaque mouvement anti-esclavagiste soit différent, tous œuvrent en vue de mettre fin à la pratique de l’esclavage par ascendance et d’instaurer une société plus équitable pour ses victimes par le biais de campagnes de sensibilisation, d’assistance juridique, de lobbying politique, d’éducation et de promotion du développement.

De nos jours, le militantisme anti-esclavagiste s’appuie fortement sur les réseaux sociaux pour lutter contre l’esclavage.  Par exemple, une campagne de blogging malienne #MaliSansEsclaves a été lancée en juin 2020. Les réseaux sociaux sont également un moyen de connecter et de rallier des militants de différents pays d’Afrique de l’Ouest et des Africains de l’Ouest vivant en dehors de la région (la diaspora ouest-africaine), notamment à travers le mouvement international Ganbanaaxun Fedde, communément appelé Gambana au Mali, un réseau transnational initié par l’organisation ARMEPES-France et utilisant WhatApp pour faire campagne contre l’esclavage par ascendance chez les Soninkés en Afrique de l’Ouest. Ce mouvement transnational a également conduit à la création d’organisations sœurs au Mali (RMFP Gambana), au Sénégal (Association des soninkés du Sénégal pour le progrès – Assep) et en Gambie, qui utilisent activement les réseaux sociaux pour lutter contre l’esclavage par ascendance.Dans le cadre de ses recherches, le projet SlaFMig/EMiFo collabore à l‘élaboration de solutions durables pour les victimes de l’esclavage par ascendance au Mali, notamment avec l’organisation malienne historique de lutte contre l’esclavage Temedt, afin de comprendre les besoins locaux. Les chercheurs de SlaFMig analysent également les mobilisations historiques et contemporaines contre l’esclavage au Mali et dans la diaspora, en engageant le réseau Gambana, pour comprendre la distribution du pouvoir et le contrôle des ressources. Nous vous invitons à participer à notre travail en nous rejoignant sur notre site web, Facebook, Twitter, Instagram et TikTok.

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by Leah Durst-Lee and Nolwenn Marconnet

To discuss anti-slavery movements in West Africa, we must first discuss against what they are resisting. Around the world slavery has been legally abolished, but yet it is estimated that globally there are more people living in forms of slavery than ever before, and in Mali at least 200,000 people are subject to exploitative forms of descent-based slavery today. The internal slave trade was legally abolished in Mali in 1905 by the French colonial authorities. They convinced themselves that the legal abolition of slavery would end its practice by itself. This is known as the abolitionist bias. Yet, abolition ended only the legal and political supports for the institution of slavery, but not the social, cultural or economic practices that have allowed its continuance

French colonial authorities were slow to enforce abolitionist laws except when it allowed them instead to recruit ’emancipated slaves’ into forced labor and military conscription. Slave owners adapted to this new legal reality by hiding slavery, labeling ongoing exploitation with benign terminology, such as domestic work, fosterage practices or customary marriage arrangements. Slavery thus continued to exist in Mali regardless of its illegal status and well beyond the independence of 1960.

Descent-based slavery is still a reality in Mali today, yet under the radar. Victims are being forced to work without pay, can be denied schooling, access to basic social services and lack several political, economic, and civil rights because of their social categorisation as « slaves ». They inherit this status as they are considered by the local elite as « descendants of slaves« .

In French-speaking West Africa, resistance against slavery has a long history but organised grassroots anti-slavery movements fighting against descent-based slavery can be identified since the late 1970s, and gained in significance in the 1990s. There are countless local African organisations, some examples are El Hor, SOS Esclaves Mauritanie, Saafaalbe Hormankoobe, Fedde Pinal, Balagoss, and IRA (Initiative for the Resurgence of the Abolitionist Movement) in Mauritania; Semme Allah in Benin; Timidria in Niger; Temedt, Rassemblement Malien pour la Fraternité et le Progrès – RMFP and the Association de lutte contre la domination et l’esclavage (Association against domination and slavery) in Mali. Some are NGOs, some cultural movements, and some political groups recognized by state authorities, but while each anti-slavery movement is different, all work towards the end of the practice of descent-based slavery and a more equitable society for its victims through awareness raising campaigns, legal assistance, political lobbying, education and brokering development.

These days, anti-slavery activism relies heavily upon social media to fight against slavery. For instance, a Malian blogging campaign #MaliSansEsclaves (Mali Without Slaves) was launched in June 2020. Social media is also a way to connect and rally activists from different West African countries and West Africans living outside the region (commonly called the West African diaspora), in particular through the international movement Ganbanaaxun Fedde, commonly known as Gambana in Mali, a transnational network initiated by the organisation ARMEPES-France and who heavily uses and used WhatApp to campaign against descent-based slavery among the Soninke people in West Africa. This transnational movement also led to the creation of sister organisations in Mali (RMFP Gambana), in Senegal (Association des soninkos du Sénégal pour le progrès – Assep) and in the Gambia (Ganbaana), who actively use social media to fight against descent-based slavery.As part of its research, the SlaFMig project is collaborating on developing durable solutions for the victims of descent-based slavery in Mali, especially with the historical Malian anti-slavery organization called Temedt to understand local needs. The SlaFMig researchers also analyze historical and contemporary mobilizations against slavery in Mali and in the diaspora, engaging the Gambana network, to understand the distribution of power and control of resources. Please join our work by engaging with us on our website, Facebook, Twitter, Instagram and TikTok.

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